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Hommage aux anciens élèves du Collège Sévigné déportés à Auschwitz – Cérémonie du 15 mai 2024

Le 15 mai 2024, une cérémonie de dévoilement des plaques commémoratives en l’honneur des anciennes et anciens élèves du Collège Sévigné, déportés à Auschwitz, a eu lieu sous la supervision de la mairie de Paris, de la mairie du Ve arrondissement de Paris et de l’Association pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés du Vème arrondissement (AMEJD).

Cet article présente les éléments biographiques connus pour chacun des élèves dont nous avons honoré la mémoire, ainsi que les prises de parole des familles le jour de la cérémonie. Le livret qui accompagnait le déroulé de la cérémonie du 15 mai 2024 est téléchargeable ici.


Francine Bloch

  • Naissance : 17 novembre 1924 à Paris
  • Lieu d’internement : Drancy
  • Déportation : convoi n°69 parti de Drancy le 7 mars 1944
  • Mort : 10 mars 1944 à Auschwitz

Déportée avec sa mère, Nelly Weill, avocate au bureau de Paris, féministe et militante pour le droit de vote des femmes (lien).

Pour Francine Bloch, discours de Sylvie Bloch, sa nièce :

Je tenais à remercier le Collège Sévigné de rendre hommage à ses cinq élèves, trop jeunes disparus, arrachés à la vie par cette barbarie nazie et ses collaborateurs.

Ma tante, Francine Bloch, dont je porte le nom, était une élève particulièrement brillante, excellente, et dans ces années de chaos, je tiens à saluer son parcours scolaire exceptionnel entre 1939 et 1942. C’est particulièrement émouvant pour moi de lui rendre hommage dans ce lieu d’étude et de connaissance. J’ai le souvenir de ses grands-parents, de mon père, son frère, qui m’a toujours dit que pour ses parents, les études étaient essentielles. C’était leur priorité. Et dans ces années de chaos, je vais essayer de résumer son parcours scolaire exceptionnel. Francine a été de 1933 à 1938 élève au Collège Sévigné. Chaque année, elle a reçu le prix d’excellence pour ses études et en 1937, à la fin de sa troisième, elle a été reçue première du département de la Seine, qui n’existe plus aujourd’hui, pour la préparation de son brevet de l’enseignement primaire, et la directrice de l’époque du Collège Sévigné a dit que Francine honorait ces lieux. Elle a reçu une médaille que j’ai retrouvée car mon grand-père a tout conservé, où l’on voit au dos, le nom de Francine Bloch et le nom du Collège Sévigné.

Ils habitaient Paris en 1939, et à l’âge de 15 ans, elle a réussi sa première partie du baccalauréat à Pontoise. Pendant l’exode, en juin 1940, alors qu’il ne restait qu’un seul bidon d’essence, mon grand-père a pris sa voiture et a été inscrire ma tante à Toulouse pour qu’elle passe la deuxième partie de son bac, qu’elle a réussi avec succès. Ils sont revenus en septembre 1940 à Paris et elle manifesta très tôt l’envie de devenir ingénieure agronome, ce qui était rarissime pour une fille.

Elle s’est inscrite aux classes préparatoires à Henri IV. Pendant deux ans, elle était la seule jeune fille à être parmi ces étudiants. Elle passa brillamment l’écrit du concours d’entrée à l’Institut National agronomique qu’elle réussit en juin 1942 et à nouveau en juillet 1942, la menace se faisant de plus en plus lourde, mon grand-père étant déjà parti à Lyon, elle a quitté Paris.

Elle a rejoint Grenoble, qui était à l’époque encore une zone libre, elle souhaitait poursuivre les études. Mon grand-père a appris que Montpellier était la seule ville où on pouvait passer l’oral du concours d’entrée. Le 21 août 1942, elle reçut une lettre du Ministère de l’agriculture pour l’informer de son admission à l’INA. Normalement c’était “Monsieur”, c’étaient des lettres types, “Monsieur” a été barré, « Mademoiselle, j’ai l’honneur de vous informer qu’à la suite des épreuves du dernier concours d’admission à l’institut national agronomique, vous avez été admise [« e » à la main], en qualité d’élève régulière [« e » à la main] à cet établissement. Vous devez vous rendre le 2 octobre prochain à 8h30 du matin au siège de l’école, 16 rue Claude Bernard à Paris, jour de la rentrée et de l’ouverture des cours. Recevez [« Monsieur » barré] Mademoiselle, l’assurance de ma considération distinguée. » Mon père, qui idéalisait cette soeur, m’a toujours dit que c’était la première mais je pense que c’était l’une des premières jeunes filles à être acceptée à cette école que l’on appelle maintenant l’Institut National de Recherche Agronomique.

Malheureusement, cette carrière brillante d’étudiante s’est arrêtée là. À Grenoble, ne pouvant pas rejoindre Paris et sachant qu’elle ne pouvait pas être à la rentrée rue Claude Bernard, Francine a demandé une dispense temporaire pour intégrer l’INA. Cette dispense, j’imagine, lui a été accordée. Mais sa vie s’arrêta en 1944, avec celle de ma grand-mère. Elles ont été arrêtées par les Allemands le 23 février 1944, amenées à Drancy et déportées à Auschwitz le 7 mars 1944, et assassinées le 10 mars 1944 : il y a à peu près 80 ans, parmi les derniers convois malheureusement. Francine avait 20 ans et sa mère, ma grand-mère Nelly, 50 ans.

Même si ce n’est pas le lieu, je tiens aussi à rendre hommage à ma grand-mère, Nelly Bloch, la mère de Francine, qui était, et je pèse mes mots, une grande et une vraie féministe, l’une des premières avocates pénalistes au barreau de Paris. Elle a milité beaucoup pour le droit de vote des femmes. C’était ce qu’on appelait à l’époque une suffragette. Elle faisait partie et avait des fonctions importantes dans l’association d’amélioration de la condition des femmes.

En deux mots, je terminerai en disant que ce sont des modèles pour tous et toutes. Que leur mémoire soit bénie. Je pense beaucoup à mon père qui a 95 ans, dont la santé ne permet malheureusement pas d’être ici présent, mais je pense qu’il aurait été heureux et ému, lui aussi ancien élève du Collège Sévigné. Il était tellement fier de cette soeur qui a été arrachée à la vie par la volonté des hommes, je ne veux même pas dire des hommes, de barbares. Cette blessure a toujours été ouverte et ne s’est jamais refermée.

Merci.

Sylvie Bloch prononce le discours en mémoire de sa tante Francine Bloch.

Juliette Mowszowicz

  • Naissance : 18 avril 1930 à Paris
  • Lieux d’internement : Beaune la Rolande puis Drancy
  • Déportation : convoi n°59 parti de Drancy le 02 septembre 1943
  • Mort : après le 4 septembre 1943 à Auschwitz

Déportée avec son père Moïse Mowszowicz, gérant de société.

Pour Juliette Mowszowicz, discours d’Irène Mowszowicz, sa soeur :

Mesdames et Messieurs,

Je serai beaucoup plus brève que les interventions précédentes, qui étaient très émouvantes et qui m’ont beaucoup touchée. Je serai plus brève peut-être parce que ces jeunes femmes, très jeunes, avaient déjà vécu quelques années. Juliette, ma soeur, n’avait que treize ans quand elle est morte et elle n’avait pas eu beaucoup le temps de vivre. Je l’ai peu connue. Nous avions une grande différence d’âge, 7 ans, et, les dernières années, les années de guerre, nous ne vivions plus ensemble. Donc nous avons eu trois ans de vie commune.

C’était une petite fille. Elle dessinait, elle chantait, elle écrivait des poèmes, elle dansait, elle jouait du piano : elle aimait la vie. Mais à douze ans, elle avait déjà vécu la Rafle du Vel d’Hiv, le camp de Beaune-la-Rolande, Drancy. De Drancy, où j’étais avec elle et avec notre mère, notre père a réussi à nous sortir in-extremis et après, en septembre 1942, nous n’avons pas quitté Paris parce qu’il y avait l’importance des études.

Il ne fallait pas interrompre les études de Juliette. Il fallait qu’elle puisse continuer sa scolarité. Elle avait commencé en sixième, en cinquième au lycée Fénelon. Je ne sais pas exactement pour quelle raison, en quatrième, ils l’ont inscrite au Collège Sévigné. Je ne sais pas du tout quel genre d’élève elle était au Collège Sévigné, elle avait douze ans, ou treize ans, elle est en quatrième. C’était sûrement une bonne élève parce qu’elle travaillait et elle aimait ça.

Je ne la voyais pas beaucoup parce que nous n’étions pas ensemble. Notre père nous prenait une fois par semaine, moi j’étais cachée chez d’autres gens. Nous étions toutes les deux des enfants cachées. Mais une fois par semaine, le jeudi, quand elle n’avait pas école, notre père nous prenait. Les derniers souvenirs d’elle sont ces goûters qu’on avait ensemble.

On se voyait très rarement et normalement, elle n’aurait pas dû être arrêtée. Elle était en sécurité chez les gens chez qui elle était accueillie et, dans ce collège, elle était en sécurité. Mais ils sont sortis tous les deux, mon père et elle, et ils ont été arrêtés dans une rafle dans le métro parce qu’ils étaient juifs.

Aujourd’hui donc, nous rendons hommage à ces enfants morts, à ces jeunes femmes, à ce petit garçon mais à tous les autres aussi, tous ces enfants qui sont morts pendant cette guerre parce qu’ils étaient juifs. Nous ne les oublions pas, nous le disons et c’est bien. Mais je voudrais qu’on n’oublie pas non plus tant d’autres enfants morts dans tant de guerres depuis, et qu’on n’oublie pas les enfant israéliens morts, parce qu’Israéliens, lors du massacre du 7 octobre 2023, ni tous les enfants palestiniens qui meurent encore tous les jours, parce que Palestiniens, dans cette guerre qui n’en finit pas depuis des mois.

Je vous remercie.

Irène Mowszowicz prononce le discours en mémoire de sa soeur Juliette Mowszowicz.

Claude Hirtz

  • Naissance : 14 mai 1924 à Paris
  • Lieux d’internement : Les Tourelles, Drancy, Pithiviers
  • Déportation : convoi n°35 parti de Pithiviers le 21 septembre 1942
  • Mort : après le 23 septembre 1942 à Auschwitz

Déportée avec sa mère, Marguerite Weil et son frère Lucien.

Pour Claude Hirtz, discours d’Agnès Hirtz, sa petite cousine :

Mesdames, Messieurs,

Chers élèves.

Claude Ève Sarah Hirtz était la cousine germaine de mon père, la nièce de mon grand-père, et pourtant, je n’ai jamais rien su de sa courte vie jusqu’à ce qu’un autre cousin de mon père, Jean-François Schuhl, dont j’ai fait la connaissance voici trois ans à peine, ne la recense dans un in memoriam qu’il a consacré aux disparus de notre famille en lien avec la Shoah. Je lui suis très redevable et le représente en ce jour car il ne lui a pas été possible, hélas, de se joindre à nous.

Ce que je sais de l’existence de Claude, c’est donc d’abord à lui que je le dois, puis à Monsieur Lucas Decraene qui a poursuivi un remarquable travail d’archives dont je le remercie vivement. Toutefois mes connaissances se limitent à si peu de faits : comme vous, je sais que ce Collège Sévigné fut le sien de la quatrième à la seconde. Je connais aussi trois adresses : celle du 15 boulevard Saint Michel où ses grands-parents tenaient un magasin de vêtements, celle du 7 rue Danton où elle habitait avec ses parents et son frère cadet, Marcel, et enfin celle de la gare de Lyon où elle fut probablement arrêtée. Et c’est tout.

J’ignorais tout d’elle et pourtant je n’habite qu’à quelques rues d’ici et, elle et moi nous portons ce même nom de Hirtz. Tous les membres de notre famille portant ce patronyme étant désormais disparus, je suis la dernière à le porter (ma soeur, ici présente, ne le porte plus depuis son mariage) d’où une émotion redoublée d’avoir à évoquer en ce jour commémoratif la mémoire de Claude Hirtz.

De Claude, la biographie tient en quelques lignes puisqu’elle fut arrêtée le 13 août 1942 avec sa mère, Marguerite, et son frère cadet, Marcel. Arrêtée à 18 ans, successivement conduite au couvent des Tourelles, au camp de Drancy, puis à Pithiviers, avant d’être transférée à Auschwitz par le convoi n°35 du 21 septembre 42. Son frère, lui, âgé de seize ans, partit de Drancy vers Auschwitz trois jours plus tôt, par le convoi précédent n°34 du 18 septembre 1942.

À ces éléments biographiques, aussi ténus que leur vie fut brève, s’ajoutent trois photos : un portrait en pied du frère, et un second portrait en pied de la soeur, l’un et l’autre photographiés sur leur balcon parisien : élégants, souriants, se tenant bien droits, le regard décidé devant l’objectif, leur jeunesse comme gage d’un avenir prometteur qu’ils ne connaîtront pourtant jamais. La troisième photo est une photo de classe prise dans ce Collège, sur laquelle je l’identifie au milieu de ses camarades par le camée qu’elle porte en médaillon autour de son cou, attaché par un ruban noir, celui-là même qu’elle porte sur sa tenue au balcon.

Et si je n’ai jamais rien su d’elle, de son frère et de leurs parents, c’est parce que ni mon grand-père, ni ma grand-mère, ni mon oncle, ni mon père, tous disparus bien après la guerre – mon père et son frère morts à vingt ans d’intervalle dans des circonstances terriblement dramatiques, paix à leur âme – aucun d’eux, jamais, n’a évoqué quoi que ce soit, lorsqu’ils étaient encore de ce monde, des souffrances engendrées par la guerre et la persécution des juifs. Ils ne nous ont jamais parlé de rien. Le silence pour toute parole. Rien d’autre qu’un assourdissant silence qui résume leurs peurs et leurs blessures. Et ce silence n’en finit pas de me rattraper, de me rapprocher jour après jour de leur présence, je devrais dire de leur absence.

Puisqu’enfin nous formons en ce jour une communauté de mémoire dans un lieu où la culture, jour après jour, est célébrée sous toutes ses formes, et que Claude en fut si brutalement privée, je terminerai mon discours en citant ce vers de Virgile :

Sunt lacrimae rerum et mentem mortalia tangunt
Il y a des larmes dans les choses, qui émeuvent le coeur des mortels.

Je vous remercie.

Agnès Hirtz prononce le discours en mémoire de sa grande cousine Claude Hirtz.

Suzanne Sahel

  • Naissance : 01 février 1925 à Tlemcen (Algérie française)
  • Lieu d’internement : Pithiviers
  • Déportation : convoi n°35 parti de Pithiviers le 21 septembre 1942
  • Mort : après le 23 septembre 1942 à Auschwitz

Pour Suzanne Sahel, discours de Raphaël Arbuz, beau-fils de Maurice Fdida, lui-même neveu de Suzanne Sahel :

Bonjour à toutes et à tous,

Je suis un petit peu ému par tous les discours jusqu’à présent.

Suzanne Sahel est née le 1ᵉʳ février 1925. Elle était la benjamine d’une famille de sept enfants : Léonie, Rosette – Simone, la fille de Rosette, Claire sa petite-fille, et Emma, son arrière-petite-fille sont présentes aujourd’hui – Emilienne, Perlette, Jules, Odette et Suzanne.

Suzanne était accompagnée par un couple d’amis non-juifs et ne portait pas l’étoile jaune, pourtant obligatoire, lorsqu’elle a été arrêtée à la sortie du métro. C’était un contrôle d’identité. Ce couple d’amis a été relâché après vérification de leurs papiers. Pas Suzanne.

C’était en septembre 1942. Suzanne fut conduite à Pithiviers et déportée à Auschwitz par le convoi n°35 le 21 septembre 1942. Elle avait 17 ans.

J’ai eu connaissance de ces bribes de la vie de Suzanne grâce aux enfants de sa soeur aînée, Léonie. Léonie Fdida a, en effet, eu trois enfants : Maurice, mon beau-père, mari de ma mère, décédé en Israël en 2018 ; Nicole, qui ne peut pas être là aujourd’hui mais à qui je pense beaucoup ; et Henri, le plus jeune, décédé en France, en 2020.

Maurice Fdida, mon beau père, à la veille de ses 74 ans, à l’issue de la projection du film La Rafle a, de ses mots, « enfin éprouvé le besoin de témoigner sur cette période » : la guerre qu’il a connue tout jeune, lui, né en 1936, à Paris. Il en acheva la rédaction le 15 mai 2014, soit, hasard du calendrier, il y a dix ans jour pour jour.

C’est notamment dans un moment comme aujourd’hui, dans les secousses de nos histoires et questionnements respectifs, que nous saisissons, que je saisis l’importance des traces dont nous disposons. Maurice, à nouveau, merci d’avoir écrit.

Pour ses 80 ans, dans un projet familial, nous avons décidé de mettre ses mémoires en page comme nous pouvions pour participer à ce « devoir de mémoire ».

Nous avons très peu de choses de Suzanne. Les Mémoires de Maurice nous disent d’elle : « c’était une jeune fille de son époque qui voulait vivre et sortir comme ses amies, sans la contrainte de « l’étoile jaune », pour ressembler à toutes les jeunes filles de son âge, malgré les risques encourus. », et de l’impact de son arrestation : « pendant tout le reste du temps qu’a duré cette guerre, cette arrestation a semé la panique au sein de toute la famille. Chacun se demandait de qui serait le tour dans les jours à venir. Nous, les enfants, observions sans trop comprendre ce qu’il se passait mais nous savions que ces événements graves étaient intervenus. L’angoisse montait chez nous tous. Chacun se sentant pris dans la nasse, dans un piège qui chaque jour se resserre un peu plus. Mais il est évident que tous les membres de la famille de ma mère, frère, soeurs et beaux-frères, ont réussi à échapper aux rafles, hormis notre jeune tante Suzanne, continuant les uns et les autres à travailler, je vais dire presque normalement, et probablement avec la peur au ventre. »

Merci à Monsieur Decraene, au Collège Sévigné et à la mairie pour l’organisation de cette cérémonie et d’honorer la mémoire de Suzanne et des autres élèves du Collège Sévigné morts en déportation. Que nous apprenions l’histoire. Que nous n’oubliions jamais.

Raphaël Arbuz prononce le discours en mémoire de Suzanne Sahel, tante de Maurice Fdida (beau-père de R. Arbuz).

Michel Sikora

  • Naissance : 22 février 1935 à Paris
  • Lieu d’internement : Drancy
  • Déportation : convoi n°64 parti de Drancy le 7 décembre 1943
  • Mort : 10 décembre 1943 à Auschwitz

Déporté avec ses parents, Jacob, conseiller juridique, et Sophie, juriste.

Pour Michel Sikora, discours de David Bickert, son neveu :

De Michel Sikora, le petit frère d’Anita notre mère, nous conservons un petit dessin, une carte d’anniversaire avec une jolie signature, quelques photos, des fragments de lettres qui parlent de lui de son vivant, le témoignage de sa soeur après sa mort. Ces rares documents dessinent le portrait d’un enfant plein de vie, rieur, un peu remuant, qui aimait jouer, faire des cabanes avec Anita, qui adorait son oncle Moszek et sa grand-mère.

Le 16 avril 1943, Michel Sikora a été arrêté avec ses parents, Jacob et Sophie, nos grands-parents, dans leur maison de la rue Hallé. Transférés le même jour à Drancy et internés pendant des mois, ils ont été déportés tous les trois le 7 décembre 1943. Aucun n’est revenu. D’après le témoignage du survivant Sam Braun, le convoi 64 est arrivé à Auschwitz le 10 décembre, sous un épais brouillard. Femmes et enfants sont tout de suite montés dans des camions qui les ont menés à la chambre à gaz. Michel Sikora avait 8 ans.

Michel et ses parents ont eu le malheur d’être nés Juifs et d’avoir été dénoncés par un antisémite du quartier. Michel, lui, a eu le suprême malheur d’avoir été malade au mauvais moment. S’il n’avait pas été gardé à la maison le 16 avril, s’il était parti en classe en même temps que sa soeur, comme chaque jour, il aurait traversé la guerre avec Anita, protégé par son Collège, recueilli par des amis et par des Justes. Peut-être même serait-il encore des nôtres aujourd’hui : il aurait 89 ans. L’injustice de sa destinée est insupportable.

Capturer un enfant, l’enfermer dans un camp, le jeter dans un wagon à bestiaux et l’assassiner, c’est insensé. Et pourtant, c’est arrivé tant de fois. Voilà ce que la haine peut produire. Une haine mise sous cloche pendant quelque temps par la monstruosité de la Shoah. Une haine qui resurgit aujourd’hui de tous côtés. Notre devoir à nous, les neveux des enfants assassinés, notre devoir est de redire aujourd’hui avec force ce que nos parents meurtris nous ont transmis et que nous ressentons au plus profond de nous-mêmes : « Plus jamais ça ».

David Bickert prononce le discours en mémoire de son oncle, Michel Sikora.

Ecouter le choeur d’enfants constitué d’élèves de 4e du Collège Sévigné, dirigé par Cécile Chéraqui, professeure de musique, chanter Nuit et Brouillard de Jean Ferrat :


Retrouver les discours des officiels en suivant les liens suivants :

  • Discours de Jean-Pierre de Giorgio, Directeur général du Collège Sévigné (lien)
  • Discours de Véronique Aner, Présidente de l’Association pour la Mémoire des Enfants Juifs Déportés du Ve arr. de Paris (lien)
  • Discours de Florence Berthout, Maire du Ve arr. de Paris (lien)
  • Discours de Laurence Patrice, Adjointe à la maire de Paris en charge de la mémoire et du monde combattant (lien)

Jean-Pierre de Giorgio, Directeur général du Collège Sévigné
Véronique Aner, Présidente de l’AMEJD du 5ème
Florence Berthout, Marie du Ve arrondissement de Paris
Laurence Patrice, Adjointe à la maire de Paris en charge de la mémoire et du monde combattant

La cérémonie du 15 mai 2024 est l’aboutissement de plusieurs années de travail collectif. Claire Luçon, professeure-documentaliste du Collège Sévigné de 1995 à 2015, a entamé, à la demande de Soizic Charpentier, Directrice générale de l’établissement de 2013 à 2023, le patient travail d’établissement de la liste des noms des anciens élèves juifs du Collège Sévigné morts en déportation. Un travail qu’elle a mené avec l’aide de l’AMEJD du 5ème arrondissement, en la personne de Georgette Le Diraison. Mme Luçon a passé le relai en 2022 à Lucas Decraene, titulaire d’un Master d’Histoire de l’Université Paris Cité (Paris 7), chargé du classement et de la valorisation des archives du Collège Sévigné, en même temps que Mme Le Diraison a passé le relai à Véronique Aner au sein de l’AMEJD du 5ème arr., qui a renouvelé et maintenu un soutien sans faille à ce travail de mémoire. Tout au long de ce processus, nous avons bénéficié du soutien constant de la mairie du Ve arr. et de la mairie de Paris, y compris du service du protocole.

M. Decraene a méticuleusement recoupé toutes les informations, rassemblé une quantité considérable de données nouvelles en se rendant notamment au Mémorial de la Shoah dont les services lui ont fourni une aide attentive et constante, jusqu’à pouvoir établir la liste des cinq noms de nos anciens élèves victimes de la déportation : Francine Bloch, Claude Hirtz, Juliette Mowszowicz, Suzanne Sahel et Michel Sikora. En même temps qu’il établissait des noms, et des faits, M. Decraene a aussi su retrouver, pour chacun des cinq enfants, leurs descendants indirects, ou leur fratrie dans un cas, et entamer, avec chacune des cinq familles, un dialogue dont le fruit le plus précieux sont les cinq hommages prononcés le 15 mai 2024, qui retracent les vies des cinq anciens élèves du Collège victimes de la Shoah. 

Rassemblée dans la salle Colson du Collège Sévigné, c’est la communauté éducative de notre établissement scolaire et les nombreux officiels ayant fait le déplacement – Laurence Patrice et Marie-Christine Lemardeley, adjointes à la Maire de Paris, Florence Berthout, Maire du Ve arrondissement, Mme Aner, Présidente de l’AMEJD du Ve arr., Elie Korchia, Président du Consistoire central de France, le grand rabbin Olivier Kauffmann, représentant le grand rabbin de Paris, et Jean-Pierre de Giorgio, actuel Directeur général du Collège Sévigné – qui ont eu l’honneur d’écouter ces cinq discours, prononcés par les familles. Prononcer les noms des cinq anciens élèves devant cette assemblée ; voir leurs visages grâce aux photographies que nous avons d’elles et de lui, puisqu’il s’agit de quatre jeunes filles et d’un jeune garçon ; entendre leurs proches raconter non seulement ce qu’ils savent de leurs disparus mais aussi comment ces disparitions ont marqué leurs familles ; écouter les élèves du Collège aujourd’hui chanter en leur hommage Nuit et Brouillard de Jean Ferrat, guidés par notre professeure de musique, Cécile Chéraqui, écouter les élèves lire des extraits du Parfum du lilas d’Anita Sikora et de L’imprescriptible de Vladimir Jankélévitch, sous la supervision de leur professeure d’histoire Judith Volcot ; observer, enfin, une minute de silence à l’instant du dévoilement de la plaque, voilà l’aboutissement que nous espérions tous et qu’il était important que nous vivions collectivement, dans la solennité et le partage. Le travail accompli prend sens à l’instant où la communauté entend ces noms et leurs destins, à l’instant où la communauté prend conscience de l’importance de les connaître et de ne jamais les oublier, à l’instant où, devant la communauté rassemblée, les familles peuvent exprimer la douleur insondable qu’a causée la perte, et sentir que cette douleur et cette perte sont comprises, entendues. Nous sommes un établissement scolaire et, peut-être plus que dans tout autre contexte, nous avons pour mission de transmettre. Si, lors de la cérémonie du 15 mai 2024, la mémoire des personnes, comme des faits, a touché non seulement ceux qui les connaissaient mais aussi ceux qui les découvraient ce jour-là, et si ces derniers ont saisi l’importance de transmettre à leur tour ce savoir et cette mémoire, alors nous pouvons garder espoir. 

Les plaques apposées, en façade sur la rue, et dans le hall du Collège Sévigné, matérialisent cette mémoire, ce devoir, et cet espoir.

Que toutes celles et tous ceux qui ont contribué, au sein du Collège Sévigné (les élèves, les équipes enseignantes et administratives) et à l’extérieur, par leur travail, par leur implication, à rendre possible cette cérémonie et l’apposition des plaques qui en sont la trace pérenne, soient remerciés.

Texte rédigé par Lucas Decraene, chargé de la valorisation des archives, et Giulia Puma, directrice du département d’enseignement supérieur, Collège Sévigné, en juin 2024.

La plaque apposée sur le mur de façade du Collège Sévigné, côté rue, 28, rue Pierre-Nicole (75005)
La plaque apposée dans le hall du Collège Sévigné

Lucas Decraene
Lucas Decraene

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Lucas Decraene (10 juin 2024). Hommage aux anciens élèves du Collège Sévigné déportés à Auschwitz – Cérémonie du 15 mai 2024. Institut de Recherche du Collège Sévigné (IRCS). Consulté le 14 juillet 2026 à l’adresse https://ircsevigne.hypotheses.org/2708


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